Bonjour Anthony, pour commencer, pouvez-vous vous présenter brièvement et expliquer en quoi, au sein de STAR aid, votre travail quotidien vous place au cœur de la question de la déclaration et de la visibilité des défibrillateurs dans l’océan Indien ?
Bonjour, et merci pour cette invitation. Je suis directeur d’exploitation chez STAR aid, une société qui distribue et loue des défibrillateurs à La Réunion, Mayotte et Guadeloupe depuis maintenant 14 ans. Notre activité a démarré bien avant les décrets de 2018, applicables à partir de 2020, qui ont rendu cet équipement obligatoire dans de nombreux établissements recevant du public. La prévention de l’arrêt cardiaque fait partie de l’ADN de l’entreprise depuis sa création. Nos deux associés fondateurs portent chacun une histoire personnelle forte avec ce sujet : l’un a suivi une formation d’ambulancier et d’infirmier et a travaillé dans les services d’urgence, l’autre a lui-même été confronté à deux reprises à une crise cardiaque, secouru l’une de ces fois par son associé. Cette dimension humaine a fondé notre mission de vouloir sauver des vies.
Nous avons démarré à La Réunion, un territoire isolé avec de vraies contraintes géographiques entre mer et montagne, avant de nous développer en Guadeloupe et à Mayotte, deux territoires qui ont chacun leurs propres contraintes importantes. Au quotidien, en tant que professionnels du défibrillateur, nous accompagnons nos clients dans l'ensemble de leurs obligations légales : l'équipement, bien sûr, mais également la maintenance ainsi que l'inscription et la mise à jour de leur appareil à Géo'DAE, la base nationale de recensement et de géolocalisation des défibrillateurs. C'est ce terrain très concret qui me rend chaque jour plus conscient de l'écart entre le nombre de défibrillateurs réellement installés et le nombre de ceux qui sont effectivement déclarés, donc visibles en cas d'urgence. Un écart d'autant plus critique sur un territoire insulaire et étendu comme l'océan Indien.
Si vous deviez expliquer concrètement à un chef d’entreprise ou à un élu local pourquoi « déclarer » un DAE dans Géo’DAE et le rendre visible sur site peut faire la différence entre la vie et la mort, quels seraient vos arguments les plus percutants, tirés de votre expérience de terrain ?
L'argument le plus concret, c'est celui de la géolocalisation en temps réel. Quand le SAMU est sollicité pour un arrêt cardiaque, la base Géo'DAE doit permettre de repérer immédiatement l'appareil le plus proche et de dire aux premiers témoins sur place : « il y a un défibrillateur à 50 mètres de vous, allez le chercher ». C'est très concret, et ça ne peut fonctionner que si l'appareil a été déclaré. Pour les secours, un DAE non déclaré est un DAE qui n'existe pas.
L'ampleur du problème est réelle : l'État estime qu'environ 500 000 défibrillateurs sont aujourd'hui distribués en France, mais on ne recense qu'environ 170 000 déclarations sur Géo'DAE. Autrement dit, près de 70 % des appareils ne sont pas déclarés, donc invisibles pour les secours au moment où ça compte. Et l'enjeu est de taille : on dénombre 50 000 morts par arrêt cardiaque hors hôpital chaque année en France, pour un taux de survie de seulement 4,6 %, quand certains pays européens atteignent 40 à 50 %. Pour un chef d'entreprise ou un élu, déclarer son DAE et le rendre visible, ce n'est pas une formalité administrative de plus : c'est ce qui peut concrètement faire gagner les minutes qui sauvent une vie.
Depuis l’entrée en vigueur des textes de 2018–2019, comment percevez-vous la réalité du terrain à La Réunion, à Mayotte ou en Guadeloupe : quels sont, selon vous, les principaux freins à la déclaration des DAE (méconnaissance, complexité perçue, manque de temps, peur du contrôle…) et comment vous y répondez concrètement avec STAR aid ?
Le premier frein, c'est la méconnaissance. Beaucoup de chefs d'entreprise ont entendu parler de l'obligation de s'équiper d'un défibrillateur, mais très peu savent qu'il existe aussi une obligation de le déclarer à Géo'DAE. Chez STAR aid, nous le faisons systématiquement pour le compte de nos clients, mais ce n'est pas le cas de tous les loueurs ou revendeurs de DAE sur le marché. Beaucoup de chefs d’entreprises pensent avoir rempli toutes leurs obligations une fois l'appareil installé, sans savoir que l'étape de la déclaration existe.
Le deuxième frein, c'est la complexité perçue et le manque de temps. Un chef d'entreprise a autre chose à faire que de passer du temps à essayer de comprendre où et comment déclarer son appareil. La plateforme Géo'DAE, mise à disposition par l'État, demande une approche assez technique, et nous qui faisons ces déclarations tous les jours en tant que professionnels, nous savons à quel point l'expérience n'est pas évidente pour quelqu'un qui n'aura à le faire qu'une fois. Ça décourage, ou ça se perd simplement dans les priorités du quotidien.
Le troisième frein, qui peut créer une certaine confusion, c’est l’existence d’applications citoyennes permettant de recenser les défibrillateurs. Ces applications permettent de faciliter la localisation d’un DAE à proximité et peuvent contribuer à accélérer l’intervention de témoins ou de secouristes lors d’un arrêt cardiaque. Mais les données ne sont pas remontées sur Géo’DAE. Autrement dit, certains pensent avoir déclaré officiellement leur DAE, sans que ce soit réellement le cas.
C'est très concrètement pour répondre à ces freins que nous avons créé declarerdefibrillateur.fr, pour rendre la déclaration accessible et intuitive, avec une promesse simple : déclaration en 5 minutes, automatiquement liée à Géo'DAE pour une mise en conformité immédiate. Et ça fonctionne : nos premiers utilisateurs nous ont trouvés naturellement sur Google en tapant simplement « déclarer défibrillateur », sans plus risquer de se perdre.
Vous intervenez à la fois sur la fourniture/maintenance des DAE et sur la formation (SST, « défibrillateur grand public », etc.) : pouvez-vous nous raconter un ou deux cas concrets où la combinaison d’un DAE déclaré, bien entretenu et bien signalé, plus des personnes formées, a clairement changé l’issue d’un arrêt cardiaque ?
En France, de nombreux appareils manquent à la fois d’une déclaration conforme ainsi que d’un entretien régulier. Et nous en avons eu récemment une illustration très concrète avec l’un de nos clients, dans une situation où chaque seconde comptait.
Alors qu’un médecin recevait un patient dans son cabinet médical, celui-ci a été victime d’un arrêt cardiaque. Le médecin a immédiatement eu le bon réflexe : aller chercher le défibrillateur présent dans son propre cabinet. Mais lorsqu’il a voulu l’utiliser, mauvaise surprise : l’appareil ne fonctionnait pas.
En communication avec le SAMU, il a appris qu’une pharmacie située à proximité disposait également d’un défibrillateur. Il s’est immédiatement rendu sur place pour récupérer le DAE géré par STAR aid. SAMU alerté, massage cardiaque initié et second appareil parfaitement fonctionnel, la chaîne de survie était correctement mise en œuvre en attendant l’arrivée des secours.
Ce que je retiens de cette histoire, c’est le contraste entre les deux appareils. Le premier était bien présent, mais un DAE non entretenu peut donner une fausse impression de sécurité : le jour où on en a réellement besoin, il peut ne pas fonctionner. Le second, celui qui était géré et suivi par STAR aid, était disponible et opérationnel au moment où il fallait agir. Et lorsqu’un DAE est également correctement déclaré et géolocalisé, son utilité va encore plus loin : le SAMU ou un témoin peut rapidement identifier sa localisation et savoir où aller chercher un appareil à proximité, y compris dans un secteur qu’il ne connaît pas.
C'est pour ça qu'on insiste sur les trois piliers ensemble : un DAE entretenu, visible, et déclaré. Parce que le jour où un arrêt cardiaque survient, on ne sait jamais lequel de ces trois éléments fera la différence.
On parle souvent d’obligation d’équipement des ERP, mais beaucoup moins de la qualité réelle des dispositifs : à partir de vos contrôles et maintenances, quels types de non-conformités ou de dysfonctionnements rencontrez-vous le plus souvent (batteries, électrodes périmées, signalétique, accessibilité…), et quelles bonnes pratiques vous recommandez aux exploitants pour éviter qu’un DAE soit « présent » mais inutilisable ou introuvable ?
C'est exactement ce qu'illustre l'exemple du cabinet médical que je viens de raconter : un DAE peut être « présent » sur le papier, et pourtant complètement inutilisable le jour où on en a besoin. Et ce genre de situation, on le rencontre plus souvent qu'on ne le voudrait lors de nos contrôles et maintenances.
Les non-conformités les plus fréquentes que nous relevons sur le terrain concernent d’abord l’entretien de l’appareil. On retrouve notamment des batteries à plat ou en fin de vie, faute de suivi régulier, ainsi que des électrodes périmées, parfois jamais remplacées depuis l’installation initiale. La signalétique pose également régulièrement problème : elle peut être absente, effacée ou mal positionnée, au point que personne ne sache qu’un DAE est disponible dans les lieux. Enfin, il y a la question de l’accessibilité. Un appareil rangé dans un local fermé à clé, placé en hauteur ou caché derrière du mobilier peut faire perdre un temps précieux lorsqu’une urgence survient.
La bonne pratique qu'on recommande systématiquement à nos clients, c'est d'abord un vrai contrat de maintenance, avec des contrôles réguliers et programmés, plutôt qu'un DAE installé une fois et oublié. On leur conseille aussi de faire eux-mêmes, de leur côté, quelques vérifications visuelles simples entre deux passages : s'assurer que le voyant du boîtier est bien au vert (signe que l'appareil est opérationnel), et contrôler la date de péremption indiquée sur les électrodes. Ce sont des gestes rapides, à la portée de tous, qui permettent de repérer un problème avant qu'il ne soit trop tard.
Avec l’essor de la base Géo’DAE, des applications mobiles et des nouvelles technologies, comment imaginez-vous l’évolution de la cartographie et de la visibilité des défibrillateurs dans les 5 à 10 prochaines années, en particulier dans un territoire insulaire et étendu comme l’océan Indien ?
Je pense qu'on va vers une convergence entre la base officielle Géo'DAE, les applications mobiles grand public et les outils que des acteurs de terrain comme nous développons. L'enjeu n'est pas de multiplier les cartographies, mais de faire en sorte que toutes les données remontent vers une seule base fiable, exploitable par les secours, ce qui n'est pas encore le cas aujourd'hui : beaucoup d'informations recensées par des applications citoyennes n'alimentent pas Géo'DAE. Dans les 5 à 10 prochaines années, j'imagine une déclaration de plus en plus simple, en quelques minutes depuis un mobile, avec un suivi plus automatisé de l'état de maintenance des appareils, et une cartographie qui devient un réflexe aussi naturel que de chercher un distributeur automatique de billets. C'est dans cette direction que nous voulons continuer à avancer, aux côtés de Géo'DAE.
Pour conclure, quel message personnel aimeriez-vous adresser à nos lecteurs – qu’ils soient dirigeants, responsables HSE ou simples citoyens – pour les convaincre de vérifier dès maintenant leurs défibrillateurs, de les déclarer, de les rendre visibles et de se former aux gestes qui sauvent ?
Le message est simple, et je le répète à chaque fois : ne partez jamais du principe qu’un défibrillateur présent dans votre établissement est forcément opérationnel et utile. Un DAE n’est pas un équipement que l’on installe puis que l’on oublie. Alors, contrôlez-le réellement : vérifiez régulièrement la date de validité de vos consommables et faites assurer sa maintenance par un professionnel. Et surtout, déclarez-le. La démarche prend moins de cinq minutes sur declarerdefibrillateur.fr et elle est gratuite. Pensez également à le rendre visible et facilement identifiable par vos équipes, vos clients, mais aussi par le voisinage.
Enfin, si vous appréhendez l’utilisation d’un défibrillateur, le meilleur moyen d’être rassuré, c’est de se former. Et surtout, gardez en tête une chose : un DAE est conçu pour guider l’utilisateur étape par étape, au point qu’un enfant dès 8 ans peut être capable de l’utiliser. Vous n’avez donc pas besoin d’être médecin pour sauver une vie.
Pour en savoir plus : https://declarerdefibrillateur.fr