Léa, pouvez-vous nous raconter votre parcours entre biotechnologies et management, et en quoi cette double compétence vous a naturellement conduite à piloter un projet comme ExA2Bio au cœur des enjeux actuels de la bioproduction ?
Mon parcours est assez hybride à l'interface entre les sciences et le management, avec une volonté forte : relier compréhension scientifique et impact concret.
Formée en chimie, biologie puis en biomédecine à Strasbourg, j’ai d’abord développé une solide culture scientifique. Mais très vite, j’ai voulu aller au-delà du laboratoire, pour comprendre comment les innovations se traduisent concrètement dans l’industrie et la société.
C’est ce qui m’a amenée à me spécialiser en management des entreprises du vivant.
Aujourd’hui, cette double compétence est centrale. Dans un projet comme ExA2Bio, il faut savoir dialoguer avec des scientifiques, des industriels et des acteurs de la formation.
Mon rôle est de faire le lien entre ces mondes et de transformer cette complexité en projets concrets et structurants.
Concrètement, à travers votre regard de manager de projet, quels sont aujourd’hui les principaux verrous de la bioproduction en France (compétences, industrialisation, réglementation, attractivité des métiers…) et comment ExA2Bio a été pensé pour y répondre de manière très opérationnelle ?
Le principal verrou de la bioproduction en France reste le passage à l’échelle industrielle. Nous savons innover en laboratoire. En revanche, transformer ces innovations en procédés industriels robustes, reproductibles et viables reste complexe. Cela implique des procédés longs, coûteux, fortement réglementés, et surtout des compétences très spécifiques.
À cela s’ajoute un enjeu clé : le manque de profils immédiatement opérationnels. C’est précisément là qu’ExA2Bio intervient. Le projet forme des profils alignés avec les besoins industriels, grâce à l’alternance, à des mises en situation réelles et à des infrastructures comme la plateforme EASE.
L’objectif est clair : réduire le décalage entre formation et industrie et accélérer l’opérationnalité des talents.
La plateforme EASE est souvent présentée comme une « teaching factory » qui réplique un site industriel de bioproduction. Pouvez-vous décrire un scénario pédagogique typique qui illustre comment cette immersion change réellement la manière de former des techniciens, ingénieurs ou docteurs à la bioproduction ?
Avec la plateforme EASE, les étudiants vivent concrètement le passage “du laboratoire à l’usine”.
Ils partent d’une production à petite échelle, puis travaillent sur le scale-up, la purification, le contrôle qualité et l’analyse des performances.
Mais surtout, ils adoptent une véritable posture industrielle : reproductibilité, contraintes de production, traçabilité. On passe d’une logique académique à une logique de production.
L’objectif n’est plus seulement de réussir une expérience, mais de produire de manière fiable et conforme.
Cette immersion change radicalement la formation et permet de former des profils immédiatement opérationnels.
Vous travaillez avec un large consortium d’entreprises qui co-construisent les contenus de formation. Comment se passent ces arbitrages très concrets entre besoins industriels (productivité, qualité, réglementaire) et ambitions académiques (recherche, innovation, esprit critique) ? Auriez-vous un exemple précis de module ou de compétence né de cette co-construction ?
Former au plus près du terrain implique un dialogue constant avec les industriels. L’enjeu est de trouver un équilibre entre exigences industrielles et ambitions académiques.
Nous ne cherchons pas à reproduire l’industrie, mais à former des profils capables de s’y adapter et de la faire évoluer.
Un exemple concret : un module autour d’un automate de culture cellulaire, où les étudiants évoluent dans un environnement global et interagissent avec différents services, comme en entreprise. Ce type de module, co-construit avec les industriels, garantit une formation ancrée dans la réalité.
Du bac pro au doctorat, ExA2Bio couvre un spectre très large de niveaux. Quels défis spécifiques cela pose-t-il en termes de conception de parcours, de passerelles et d’évaluation des compétences, et comment, en tant que manager de projet, vous organisez-vous pour garder une cohérence d’ensemble ?
Couvrir un spectre aussi large implique un défi majeur : garantir la cohérence des parcours.
ExA2Bio s’appuie sur des passerelles existantes, désormais structurées avec des critères clairs (résultats, assiduité, alternance), pour rendre les trajectoires lisibles et accessibles.
La clé repose sur la coordination entre tous les partenaires du consortium. En tant que cheffe de projet, mon rôle est d’assurer ce lien en continu : écouter, ajuster, aligner.
Objectif : garantir des parcours progressifs et cohérents à chaque niveau.
À horizon 5 à 10 ans, comment voyez-vous évoluer la bioproduction et les biothérapies (nouvelles technologies, IA, durabilité des procédés, souveraineté industrielle…) et quelles adaptations vous anticipez déjà pour que les formations ExA2Bio restent en phase avec ces mutations ?
La bioproduction va connaître des transformations majeures dans les années à venir. Biothérapies complexes, intelligence artificielle, souveraineté industrielle… les enjeux sont nombreux.
Mais au-delà des technologies, le véritable défi sera la capacité d’adaptation. ExA2Bio forme des profils capables d’évoluer : comprendre, s’approprier de nouveaux outils et s’adapter à des environnements en mutation. L’ambition est claire : former des professionnels agiles, capables d’apprendre en continu.
Pour conclure, quel message aimeriez-vous adresser à un jeune ou à un professionnel en reconversion qui hésite encore à se lancer dans la bioproduction : qu’est-ce qui, selon vous, fait de ce domaine un choix de carrière à la fois exigeant et porteur de sens ?
La bioproduction est aujourd’hui au cœur d’enjeux scientifiques, industriels et sociétaux majeurs.
C’est un domaine exigeant, mais profondément porteur de sens. On travaille sur des solutions qui peuvent améliorer, voire sauver des vies.
Pour une génération en quête d’impact, c’est une opportunité unique de s’engager dans un secteur utile et concret.
Mon message est simple : si vous cherchez un métier qui a du sens, qui évolue vite et dans lequel vous pouvez réellement faire la différence, la bioproduction est un choix d’avenir.
Pour en savoir plus : https://esbs.unistra.fr