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Santé Mentale et Psychologie

Interview de Gabriel RAFI : Une approche scientifique du TDAH et du haut potentiel pour un diagnostic juste

Gabriel, pour commencer, pouvez-vous nous raconter votre parcours de neuropsychologue et ce qui vous a conduit à faire du TDAH et du haut potentiel votre cœur de spécialisation entre Paris, Londres et Dubaï ?Depuis toujours, j’ai cette envie profonde d’être...

20 mai 2026 9 min de lecture
Interview de Gabriel RAFI : Une approche scientifique du TDAH et du haut potentiel pour un diagnostic juste

Gabriel, pour commencer, pouvez-vous nous raconter votre parcours de neuropsychologue et ce qui vous a conduit à faire du TDAH et du haut potentiel votre cœur de spécialisation entre Paris, Londres et Dubaï ?

Depuis toujours, j’ai cette envie profonde d’être utile aux autres et d’avoir un
impact concret dans leur quotidien. En me formant et en exerçant, j’ai réalisé à quel
point le TDAH restait encore largement méconnu, non seulement par l’entourage,
mais aussi par les personnes concernées elles-mêmes.
Beaucoup passent à côté de leur diagnostic pendant des années, voire toute
leur vie. Pendant ce temps, elles mettent en place des stratégies compensatoires
pour “tenir”, s’adapter, fonctionner comme les autres... mais au prix d’une fatigue
mentale énorme, d’un épuisement parfois invisible.
C’est cette réalité qui m’a particulièrement touché et qui m’a donné envie de
me spécialiser dans ce domaine : pouvoir apporter de la compréhension, de la
clarté, et surtout soulager ces personnes en leur permettant de mieux se connaître
et de fonctionner d’une manière qui leur correspond vraiment.

Dans votre pratique clinique, à quoi ressemble concrètement une approche véritablement scientifique du diagnostic du TDAH et du haut potentiel ? Quels outils, protocoles ou précautions spécifiques mettez-vous en place pour limiter au maximum les surdiagnostics et les sous‑diagnostics ?

Dans ma pratique clinique, une approche véritablement scientifique du
diagnostic repose sur une évaluation rigoureuse, globale et individualisée. Le
TDAH comme le haut potentiel ne peuvent pas être réduits à un simple test ou à
une impression clinique rapide. Chaque personne possède un fonctionnement
unique, avec son histoire, son environnement et parfois d’autres difficultés
associées qui peuvent fausser la lecture du profil.
C’est pourquoi je m’appuie toujours sur plusieurs outils complémentaires : un
entretien clinique approfondi, l’analyse du parcours scolaire et professionnel, ainsi
que des tests neuropsychologiques standardisés et validés scientifiquement. Pour
le TDAH, j’évalue notamment l’attention, les fonctions exécutives, la mémoire de
travail ou encore l’impulsivité. Pour le haut potentiel, j’utilise des évaluations
cognitives complètes afin d’analyser non seulement les performances
intellectuelles, mais aussi la manière dont la personne mobilise ses capacités au
quotidien.
L’un des points essentiels est également le diagnostic différentiel. Certains
troubles comme l’anxiété, la dépression, les traumatismes ou l’épuisement peuvent
parfois ressembler à un TDAH. À l’inverse, certains profils compensent tellement
bien leurs difficultés qu’ils passent longtemps inaperçus. Pour limiter au maximum
les surdiagnostics et les sous-diagnostics, je croise donc systématiquement
plusieurs sources d’informations : observations cliniques, résultats des tests,

retours de l’entourage lorsque cela est pertinent, et surtout impact concret des
difficultés dans la vie quotidienne.
Pour moi, un diagnostic ne doit jamais être une simple étiquette, mais un
véritable outil de compréhension permettant de proposer un accompagnement
adapté, concret et durable.

On parle beaucoup d’enfants « TDAH » ou « HPI » dans les médias et sur les réseaux sociaux. Quelles sont, d’après vous, les idées reçues les plus problématiques que vous rencontrez en consultation, et comment un bilan neuropsychologique rigoureux permet de les déconstruire ?

Aujourd’hui, avec la médiatisation du TDAH et du haut potentiel sur les
réseaux sociaux, je vois beaucoup d’idées reçues circuler en consultation. L’une
des plus fréquentes est de penser qu’un enfant agité ou distrait est forcément
TDAH, ou qu’un enfant qui réussit bien scolairement est automatiquement HPI. La
réalité est bien plus complexe.
Le TDAH ne se résume pas à de l’hyperactivité ou à un manque de
concentration ponctuel. Il s’agit d’un trouble neurodéveloppemental qui a un impact
réel et durable sur le fonctionnement quotidien. De la même manière, le haut
potentiel n’est pas seulement “avoir un QI élevé” ou être en avance à l’école.
Certains profils HPI peuvent être en grande souffrance, présenter des difficultés
émotionnelles, relationnelles ou scolaires, parfois même masquer complètement
leur potentiel.
Je rencontre aussi beaucoup de familles inquiètes après avoir vu des
contenus simplifiés sur les réseaux sociaux, où certains comportements du
quotidien sont rapidement associés à un diagnostic. Or, de nombreux facteurs
peuvent expliquer des difficultés attentionnelles ou émotionnelles : anxiété, troubles
du sommeil, stress, difficultés d’apprentissage, contexte familial ou encore
épuisement psychologique.
C’est justement là qu’un bilan neuropsychologique rigoureux prend tout son
sens. L’objectif n’est pas de “coller une étiquette”, mais de comprendre précisément
le fonctionnement de la personne. Grâce à une évaluation complète, des outils
standardisés et une analyse clinique approfondie, on peut différencier ce qui relève
réellement d’un TDAH, d’un haut potentiel, d’un autre trouble ou parfois simplement
d’une période de vulnérabilité.
Un bilan sérieux permet donc de déconstruire les idées reçues, d’éviter les
conclusions hâtives et surtout d’apporter des réponses fiables, nuancées et
adaptées à chaque personne.

Vous réalisez des bilans dans trois contextes culturels très différents : France, Royaume‑Uni, Émirats arabes unis. Observez-vous des variations notables dans la manière dont le TDAH et le haut potentiel sont perçus, dépistés et pris en charge, et en quoi cela influence-t-il votre façon de poser un diagnostic juste ?

Oui, j’ai observé des différences assez marquées entre la France, le Royaume-Uni
et les Émirats arabes unis dans la perception du TDAH et du haut potentiel. Au
Royaume-Uni, le dépistage est souvent plus précoce et davantage intégré au
système scolaire et médical. En France, il existe encore parfois des réticences ou
des idées reçues autour du diagnostic. Aux Émirats, avec une population très
internationale, les attentes culturelles et éducatives peuvent être très différentes
d’une famille à l’autre.
Ces expériences m’ont appris l’importance de toujours replacer les difficultés
dans leur contexte culturel, familial et scolaire, afin d’éviter les interprétations trop
rapides. Cela renforce ma volonté d’avoir une approche rigoureuse, individualisée
et nuancée du diagnostic.
Aujourd’hui, je suis installé à temps plein en France, où je continue à mettre
à profit cette expérience internationale dans ma pratique clinique quotidienne.

Pouvez-vous nous décrire, de façon très concrète, comment vous articulez les données des tests (attention, fonctions exécutives, QI, etc.) avec l’observation clinique, l’anamnèse et le contexte familial/ scolaire pour arriver à une conclusion nuancée : TDAH, haut potentiel, comorbidités, ou simplement profil singulier sans trouble ?

Les tests ne suffisent jamais à eux seuls pour conclure à un Trouble du
déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité, à un Haut potentiel intellectuel ou à
un autre trouble. Notre travail consiste justement à articuler plusieurs niveaux de
lecture : les résultats cognitifs, l’observation clinique, l’histoire développementale et
le contexte familial ou scolaire.
Concrètement, on ne regarde pas seulement les scores, mais aussi la
manière dont la personne fonctionne pendant le bilan : la fatigabilité, l’impulsivité,
les fluctuations attentionnelles, les stratégies de compensation, la gestion de
l’erreur ou de la frustration. Ensuite, on met ces éléments en perspective avec
l’anamnèse et le retentissement au quotidien.
Par exemple, des difficultés attentionnelles peuvent relever d’un TDAH, mais
aussi d’une anxiété, d’un épuisement scolaire, d’un trouble des apprentissages ou
parfois simplement d’un profil intellectuel très atypique. À l’inverse, un haut
potentiel peut masquer certaines fragilités exécutives. L’enjeu est donc d’éviter les
conclusions automatiques et de construire une compréhension nuancée et
individualisée du fonctionnement de la personne.

Avec l’essor des bilans « en ligne », des auto‑questionnaires et de l’intelligence artificielle, comment voyez-vous évoluer dans les prochaines années l’évaluation scientifique du TDAH et du haut potentiel ? Qu’est-ce qui vous semble prometteur, et qu’est-ce qui vous inquiète en termes de qualité diagnostique ?

Je pense que les prochaines années vont profondément transformer
l’évaluation du TDAH et du Haut potentiel intellectuel, notamment grâce aux outils
numériques, aux mesures écologiques et à l’intelligence artificielle. D’ailleurs cela
est déjà le cas si nous regardons certaines évaluations qui s’appuient sur des outils
numériques avec peu de validité scientifique. Certaines recherches montrent déjà
que des modèles d’IA peuvent aider à identifier des signaux précoces du TDAH
dans de grandes bases de données cliniques.
Ce qui est très prometteur, c’est la possibilité d’avoir des données plus fines et plus
proches du fonctionnement réel : suivi attentionnel dans le quotidien, analyse des
fluctuations, repérage précoce de profils à risque, ou encore meilleure
compréhension des sous-types cognitifs.
À mon sens, l’avenir le plus intéressant n’est pas une clinique remplacée par
l’IA, mais une clinique augmentée par des outils scientifiques plus précis avec le
clinicien qui reste responsable de l’interprétation et de la nuance.

Pour terminer, quel message aimeriez-vous adresser aux parents et aux jeunes adultes qui se demandent s’ils sont TDAH ou à haut potentiel, et qui hésitent à consulter par peur d’être « étiquetés » ou mal compris ?

J’aimerais leur dire qu’un diagnostic ne doit jamais être vu comme une
étiquette, mais comme un outil de compréhension. Beaucoup de personnes vivent
pendant des années avec un sentiment de décalage, de fatigue ou
d’incompréhension, sans réellement savoir pourquoi. Consulter, ce n’est pas
chercher à “entrer dans une case”, c’est chercher à mieux comprendre son
fonctionnement.
Lorsqu’un bilan est réalisé de manière sérieuse et bienveillante, il permet
souvent d’apporter de la clarté, de déculpabiliser et surtout de mettre en place des
solutions adaptées. Et parfois, le résultat montre aussi qu’il ne s’agit ni d’un TDAH
ni d’un haut potentiel, ce qui est tout aussi important.
Le plus essentiel, selon moi, est de ne pas rester seul avec ses questions ou
ses difficultés. Comprendre son fonctionnement peut réellement changer le regard
que l’on porte sur soi et améliorer durablement sa qualité de vie.

Pour en savoir plus : https://www.gabriel-rafi.com